25 mai 2009
Pâquerette
Avis aux horticulteurs égarés, cette page ne traite pas de l'entretien des pelouses.
Pâquerette, dite "Pâqueu", "toute belle", "bourrique" ou "saloperie" selon le degré d'énervement qu'elle a provoqué, est pour le moins qu'on puisse dire poliment : une ponette qui a beaucoup de personnalité. Avec ses formes pleines, sa mèche blonde et son air expressif, tout le monde craque... de loin, parce que de près, les admirateurs battent en retraite.
Origines mystérieuses, elle est née on ne sais où et quand exactement. Il semblerait qu'elle ait du cheval de trait dans ses origines comme en atteste sa carrure massive, ses sabots très larges, ses fanons abondants et une certaine ... brutalité naturelle.
Mais qui lui a donné ces taches blanches diffuses dans sa robe et ce blanc d'œil apparent typique de l'appaloosa ?
J'aurais tendance à penser qu'un âne serait aussi passé dans son arbre généalogique et lui aurait transmit ce caractère têtu.
Les débuts furent difficiles. Pâquerette est une gamine trop gâtée et très dominante, avec les autres chevaux et ... l'homme ! Au début elle exigeait des friandises et mordait si je n'avais rien à lui donner. J'ai donc décidé de ne plus rien lui donner en main. Il n'est pas certain que Pâqueu me reconnaisse entièrement comme sa dominante, le manque de respect est fréquent (bousculade, sabot sur mon pied, mimiques d'intimidation). Son comportement n'est vraiment celui d'un cheval, plutôt celui d'une gamine capricieuse. Cela peut s'expliquer par le fait qu'elle n'avait pas de compagnons équins mais que des humains.
Pâqueu, l'air pas très engageant signale à Roukim qu'elle ne souhaite pas le laisser dépasser.
Dès qu'elle ne comprend pas ce qu'on lui demande où qu'elle en a marre, elle se braque et fait preuve d'une dangereuse brutalité. Je l'engueule pour sa connerie puis je dois impérativement faire baisser le ton afin de ne pas surenchérir.
A force de travail sur des exercices de base (marche-arrêt) à pied, elle apprend à se discipliner. J'ai fait des exercices en carrière avec elle. Je pensais que tourner en rond la gonflerait mais non, il semble que ça la motive.
Mais aujourd'hui, il s'est produit un déclic inattendu. Je suis entré dans le pré dans l'idée d'apprendre l'attache à la longue corde à Pâqueu. Une fois attachée, elle me suivait. Alors je l'ai détachée et gratouillée là où elle aime. Bien que libre elle ne se remet pas à brouter et reste concentrée sur moi, je fais alors une tentative de travail en liberté.
Profitant du fait de pouvoir la récompenser à volonté. Je lui demande de reculer en tapant du pieds et en la poussant, puis je gratouille. Je répète plusieurs fois puis je me contente de taper du pied en disant "recule" ! Un pas en arrière je gratte, un pas, je gratte et ainsi de suite jusqu'à ce qu'elle fasse plusieurs pas.
Je lui tourne le dos et lui demande de me suivre puis de s'arrêter. Elle s'arrête, dans mes fesses ! Alors je réagis comme un cheval : je couine en lui envoyant un coup de pied en arrière.
Message compris et effet immédiat ! Elle fout le camp non sans se venger sur Roukim.
Le calme revenu je lui présente le flanc et je l'appelle. Après quelques instants d'hésitation, elle revient vers moi et je la gratouille. On recommence le jeu. Marcher, tourner, s'arrêter, reculer, trotter, stopper net. D'abord individuellement puis en enchaînant.
Dès qu'elle me pousse ou exige une caresse (en me pinçant la jambe), je la chasse en couinant et montrant les dents (à bonne distance, gare à la ruade). Pas rancunière, elle s'arrête plus loin en me regardant et revient quand je l'appelle.Elle finit par comprendre qu'elle doit rester derrière moi et respecter ma "bulle" (il faut visualiser une bulle autour de soi, le cheval n'est pas autorisé à y entrer).
Maintenant je ne la touche plus et je ne lui donne plus d'indication de voix. Une heure s'est écoulée depuis le début de jeu, elle trotte derrière moi, s'arrête net quand je pile, recule quand je me retourne et tourne sur elle-même quand je pointe sa cuisse avec mon doigt. A ce moment je n'utilise plus que "ma bulle", mon doigt et mon regard pour la faire bouger dans tous les sens.
J'arrête là l'exercice. Point trop n'en faut et je suis plus que satisfaite. Il vaut mieux finir sur une victoire que de voir jusqu'où on peut aller. Mais Pâquerette continue à m'escorter dans tout le pré. Je la repousse légèrement d'un mouvement de la main et elle rejoint Roukim qui pendant ce temps, avait la paix !
Quelque chose semble apaisé dans la tête de Pâquerette. Son comportement était enfin celui d'un cheval. Il semble quelle est accepté mon autorité non pas parce que je lui ait imposé par la force mais parce qu'elle a compris que c'était bien plus agréable de l'accepter que de la remettre en question. Il s'agissait d'un jeu qui a rétablit une communication corporelle et des règles de respect. Il existe maintenant une certaine affection entre nous deux. Mais bon, vu que ses gratouillles à elle me décolleraient la peau, je suis pas prête de lui présenter mes épaules comme je le fais avec Roukim.
Petit à petit, nous formont un troupeau...



